Publié le 15/09/2026

Femmes ingénieures. Trois femmes, trois parcours, trois manières d’habiter le métier d'ingénieur

Femmes ingénieures. Trois femmes, trois parcours, trois manières d’habiter le métier d'ingénieur

Interviews : Françoise Boyer

 

En France, les femmes ingénieures représentent 24% de la population totale des ingénieurs en activité, soit 248.644 femmes pour 792.037 hommes (source Femmes Ingénieures). Plus généralement, notre pays fait face à un déficit structurel d'environ 50.000 à 60.000 ingénieurs par an. Face à la complexification du système éducatif, à ses carences (cf : classement PISA), comment rémédier et que faire pour inciter massivement les jeunes, et notamment les jeunes filles, à s'engager dans ces filières ?

Pour susciter des vocations et redonner du sens, l'accent est mis sur la valorisation de parcours de réussite inspirants. Mais il faut aussi compter sur la mobilisation d'associations engagées. Faute de trouver les bons candidats dans l'hexagone, les entreprises sont tentées de recruter à l'étranger. Pour certains, il est urgent de renverser la table. Et, en la matière, les femmes ingénieures ont leur avis à donner…

 

3 parcours de réussite inspirants

Edwige Otero et Clémence Huet sont ingénieures. Kifaya, après une formation similaire, s’est orientée vers la finance. L’ingénierie est une branche professionnelle au sein de laquelle les femmes sont encore sous-représentées dans notre pays, même si dans certains secteurs, on frôle aujourd’hui la parité dans le recrutement. Les contextes diffèrent, mais l'on retrouve chez toutes les ingénieures interviewées la même passion pour leur métier et la même conviction que les pratiques évoluent dans le bon sens. On verra également avec Kifaya, qu’une formation d’ingénieure offre des ouvertures vers d’autres secteurs professionnels.

Toutefois, des freins continuent de peser sur les femmes dans les filières d’ingénieurs : stéréotypes précoces, écarts de représentation, progression de carrière et conciliation des temps de vie…

Edwige

« À dire vrai, je ne me suis pas orientée dans la recherche, j’ai suivi mon intérêt pour les sciences, pas à pas, et ça m’a menée jusque-là ».

Edwige Otero est originaire de Commercy dans la Meuse. Très tôt, elle cherche à comprendre les choses et bénéficie d’un entourage familial très attentif. Son premier professeur de physique-chimie a joué un rôle déterminant : « Il vous donnait envie de tout comprendre », se rappelle-t-elle. « Ça nous amenait souvent à sortir du programme et quand c’était le cas il nous disait : "vous apprendrez ça plus tard". Je n’avais qu’une envie, c’était d’être à plus tard ».

Après une scolarité dans la filière générale et un bac S, elle obtient un DUT en chimie, « je voulais faire de la paillasse ». Elle part ensuite en Angleterre et embraye sur un bachelor de chimie à l’université de Kingston Upon Thames. « J’ai beaucoup aimé l’approche anglo-saxonne, les enseignants s’assurent toujours que la réponse est bien comprise ».

« Dans le cadre de mon parcours de formation, les principales difficultés que j’ai pu rencontrer concernaient la reconnaissance en France d’un diplôme obtenu à l’étranger. Lorsque j’ai commencé à envisager des études hors de France, je me suis sentie assez démunie. À l’époque, en 1998, les centres d’orientation et les conseillers que je consultais me recommandaient systématiquement de poursuivre ma formation en France ».

Dans son entourage, elle rencontre peu de personnes susceptibles de la guider. « J’ai donc contacté une entreprise britannique proche de chez mes parents, pour savoir si elle distinguait les diplômes français, anglais ou allemands lors des recrutements. Sa réponse a été nette : tous étaient reconnus sans difficulté, quelle que soit la nationalité des candidats ou le niveau du poste. J’ai alors fait ma valise, sans jamais le regretter ».

S'ensuit un Master de chimie, appuyé par une bourse européenne Léonardo avec placement en industrie à Stuttgart, chez le fabricant automobile Daimler-Chrysler.

En 2001, Edwige a alors 23 ans. Le goût du voyage l'amène à se tourner vers l’Université de Saskatchewan au Canada, où elle effectue une thèse sur l’étude par rayonnement synchrotron de molécules et de polymères organométalliques. Elle travaille alors au Centre Canadien de Rayonnement Synchrotron, à Saskatoon, avant d’intégrer en 2008 le Synchrotron SOLEIL à Saclay, dans le cadre d’un stage postdoctoral. Ce grand accélérateur de particules accueille chaque année près de 700 expériences réalisées sur 29 lignes de lumière et menées par des chercheurs français et internationaux. Sur la ligne de lumière DEIMOS, dédiée à l’étude des propriétés magnétiques par rayons X polarisés, une équipe de 4 scientifiques, dont Edwige, se relaie nuit et jour pour encadrer ces chercheurs. SOLEIL est une société civile, donc non-commerciale, fondée conjointement par le CNRS et le CEA.

« Une part importante de notre activité, au-delà de la conception et de la construction de nos lignes de lumière, consiste à garantir qu’elles maintiennent en permanence leur plus haut niveau de performance. Nous devons également anticiper les évolutions technologiques et scientifiques afin d’adapter nos instruments aux besoins futurs de la recherche ».

Les contraintes liées aux horaires de travail ne sont pas nouvelles pour elle : « je m’y étais préparée. De plus, j'avais lié des relations professionnelles et humaines très gratifiantes, qui m’ont permis de prendre part à de belles collaborations scientifiques. » Sa candidature est retenue et Edwige Otero devient en 2009 scientifique sur la ligne de lumière DEIMOS (Dichroism Experimental Installation for Magneto-Optical Spectroscopy). Pour exercer ce métier, il faut avoir un doctorat (BAC +8) dans une ou plusieurs disciplines scientifiques tel que la physique, la chimie, la biologie, la géologie, plus quelques années d’expérience post-doctorat.

« Mon métier exige une grande polyvalence, tant sur le plan scientifique pour mes activités de recherche que sur le plan technique, pour tout ce qui relève du fonctionnement de la ligne de lumière. Au cours d’une même matinée, je peux passer d’une discussion scientifique à la résolution d’une panne informatique, puis former des utilisateurs au transfert de liquides cryogéniques avant de participer à une réunion sur l’avenir de notre thématique de recherche. Cette diversité de missions requiert une grande disponibilité et une forte capacité d’adaptation, mais aussi un goût prononcé pour le travail en équipe. Heureusement, à SOLEIL, l’ambiance de travail est très collaborative et je peux compter sur l’expertise de mes collègues à tout moment ».

En France, on ne choisit pas la recherche pour ses perspectives financières : « La recherche, comme l’éducation et la culture, est indispensable à tout pays développé digne de ce nom. Ceux qui s’y engagent le font avant tout par passion, par curiosité intellectuelle et/ou par volonté de contribuer au progrès de notre société. Ce qui peut être plus frustrant, en revanche, c’est une certaine dépendance aux orientations politiques et médiatiques. Souvent, la recherche est perçue seulement comme un moteur économique, mais sans véritable stratégie de long terme et sans que les moyens, la stabilité ou le temps nécessaires à son développement ne lui soient plus réellement accordés. L’excellence scientifique et l’innovation reposent sur une compréhension approfondie des sujets étudiés, qui s’inscrit nécessairement dans la durée. Les chercheurs sont des acteurs de notre société comme les autres, et nos préoccupations sont les mêmes que celles de n’importe quel citoyen. Nos travaux peuvent parfois paraître moins essentiels aux yeux de certains parce qu’ils ne semblent pas répondre aux enjeux immédiats auxquels nos sociétés sont confrontées. Mais ce travail de fond est indispensable car il permet de construire les bases sur lesquelles reposeront les découvertes et les innovations de demain… ».

« Pour cela, nous avons besoin d’un soutien durable, mais aussi de la confiance de la société. C’est indispensable pour permettre aux chercheurs d’explorer de nouvelles pistes, d’expérimenter et de prendre des risques nécessaires ».

Edwige est également ambassadrice SOLEIL, un nouveau programme de médiation scientifique pour faire découvrir le monde de la recherche et l’univers du synchrotron aux plus jeunes, et maman de deux enfants de 9 et 13 ans.

Sur la question du genre, elle reconnaît que « dans la division expérience et dans la division accélérateurs et ingénieurie, il y a une majorité d’hommes, mais le métier étant très axé sur la physique, et cette discipline attirant toujours plus d’hommes que de femmes dans les écoles et les universités, ce n’est pas vraiment surprenant. Il y a cependant à SOLEIL, mais aussi dans l’histoire du rayonnement synchrotron, de nombreuses femmes qui sont reconnues pour leur travaux et pour ce qu’elles apportent à cette discipline. Je crois que, pour l’essentiel de mes collaborateurs, ce qui importe ce sont les compétences et l’implication des personnes dans leur travail ».

Cela dit, Edwige admet que la conciliation de la vie professionnelle et familiale est compliquée lorsqu’on doit travailler en horaires décalés. « Quand on est passionné par son métier, on aimerait ne pas avoir à partir au beau milieu d’une expérience intéressante pour aller chercher les enfants. Et en même temps, quand je passe du temps avec eux je me dis que rien d’autre n’a plus d’importance. Mais je crois que cette question ne devrait pas être une question de genre et qu’on devrait être beaucoup moins dans le jugement d’un collègue qui part au beau milieu d’une réunion pour aller chercher ses enfants, homme ou femme. C’est vrai que le domaine de la recherche est très compétitif, mais il me semble que le cœur même de notre métier est de générer du savoir et de la connaissance pour les générations à venir et pour cela aussi je prends très au sérieux mon rôle de parent ».

« La répartition hommes - femmes est très variable d’une division à l’autre, mais de nombreuses actions sont actuellement menées à SOLEIL afin de faire évoluer les pratiques. Dans la division Expériences, à laquelle j’appartiens, il est assez rare de rencontrer deux candidats présentant exactement le même profil, les mêmes compétences ou le même parcours. Le recrutement repose donc avant tout sur l’expertise, l’expérience et la valeur ajoutée propres à chaque personne. Dans les échanges auxquels j’ai pu participer lors de recrutements, je n’ai jamais constaté que le genre ou même l’origine d’un candidat constituent des critères entrant en compte dans le choix final. Cela étant, j’ai conscience d’évoluer dans un secteur d’activité particulier, où la richesse réside avant tout dans les aptitudes et dans la singularité de chaque individu, davantage que dans une logique de rendement ou de puissance. À ce titre, il serait incohérent de se priver des talents de la moitié de l’humanité ».

À des étudiants désirant suivre une voie similaire, Edwige conseille avant tout « de toujours conserver sa capacité à s’étonner. Il faut aussi savoir gérer l’échec et se remettre en question à bon escient. Mais je pense que c’est vraiment une chance de pouvoir évoluer dans un environnement où on ne cesse d’apprendre ».

 

Clémence

Une certaine proximité géographique la relie à Edwige puisqu’elle est originaire de la Moselle. Un parcours scolaire classique : Bac S, classe préparatoire, elle intègre ensuite l’Ecole Centrale de Lyon, en mécanique, puis effectue un premier stage chez Renault F1. «J’ai toujours voulu travailler dans l’automobile ».  Elle admet une certaine influence familiale :  « mon père aimait la F1 et les voitures ». Concernant le choix de sa formation elle dit « s’être laissé porter », étant bonne élève, vers cette voie d’excellence, malgré une attirance depuis toujours pour beaucoup de choses très différentes.

Elle apprécie la variété d’orientations que permet le parcours d’ingénieurs, « l’absence d’hyper spécialisation répondait à mes souhaits. On t'apprend à apprendre, avant tout… ».

De plus, la formation était gratuite. Élevée au sein d’une famille monoparentale, c'est un aspect non négligeable. Dans l’école d’ingénieurs, elle n’a jamais eu de soucis de cohabitation avec les garçons et n’y a ressenti aucune différence de traitement.

En 2007, alors qu’elle arrive sur le marché du travail, se profile une grave crise dans l’industrie automobile. Elle intègre alors un master en alternance à l’Institut français du Pétrole et des Énergies Nouvelles, master qu’elle réalise en version anglophone. « Je n’avais pas envie de retourner à l’école, donc j’ai cherché à me motiver par cet aspect international complémentaire ».

En 2010, elle est recrutée par Renault sur le site de Lardy spécialisé dans les essais, où l’on ne compte guère que 5% de femmes ingénieures, puis en 2018, elle quitte Lardy pour le Technocentre de Guyancourt où l’on en compte un peu plus.

Embauchée pour travailler sur la batterie de la première Zoé, elle a dû s’adapter très rapidement, passant des moteurs à combustion interne au moteur électrique. Pour progresser au sein de l’entreprise et en connaître les différents secteurs, il lui est proposé de changer de poste tous les trois ou quatre ans, même si la motorisation automobile reste son cœur de métier. Clémence travaille aujourd'hui sur l’aspect environnemental de l’innovation automobile, dans un marché aujourd'hui sous contrainte de l’UE (trajectoire pour 2035).

Au total, sa formation aura duré six ans et demi, cinq ans pour un diplôme d’ingénieur, équivalent à un master, et un an et demi à l’Institut Français des Pétroles et des Energies Nouvelles (IFPEN).

Clémence juge les salaires corrects, « malgré l’IA, les perspectives sont vastes, il y aura toujours du travail, l’expérience humaine reste irremplaçable ». 

Parallèlement à son métier, elle a développé une activité artistique d’aquarelliste. En effet, durant l’enfance, une rupture des ligaments croisés l’avait contrainte à arrêter la compétition sportive et elle s'était alors tournée vers le dessin. Elle avait quand même repris le volley en compétition lors de ses études d’ingénieur « animée par l’esprit d'équipe et le goût du travail collectif » sans pour autant lâcher son activité artistique. Bénéficiant aujourd’hui d’un 80%, grâce à un poste adapté, Clémence consacre donc une partie de son temps à l’aquarelle. Elle expose et vend ses réalisations. Elle note que certains hommes ont aussi demandé un temps partiel.

Si la loi COMEX oblige les entreprises à accorder 50% des postes à responsabilité à des femmes en 2030, il est parfois difficile d'en recruter à certains postes, comme ingénieure électronique, par exemple, faute de candidates. « Sur certains postes de ma direction, les RH voulaient une femme, mais aucune ne s’est présentée » Quant au rééquilibrage des salaires, il lui semble difficile à évaluer précisément, mais diverses mesures sont déjà en vigueur dans son entreprise.

Pour Clémence, il y a urgence à opérer un travail en amont dès le collège, et même avant, car si on n’entrevoit pas d’écart en maternelle, on note déjà des différences à l’école primaire dans les inclinations des élèves vers les matières scientifiques en fonction de leur genre.

 

Kifaya

Kifaya a effectué ses études en Algérie, où elle est née. D’abord un Ingéniorat en géologie sédimentaire, puis un doctorat en France suivi d’un post-doctorat toujours en géologie à l’Université d’Orsay, aujourd’hui Paris-Saclay. « J’ai combiné géologie et géophysique, combinaison assez nouvelle dans les années 2000. Le géologue cherche à comprendre le comportement de la roche, le géophysicien aussi, mais en utilisant des mesures physiques… ».

Après quelques années de recherche scientifique, durant lesquelles elle publie dans les revues spécialisées, elle intègre une entreprise d’extraction pétrolière, en mer du Nord, « On travaillait sur le Brent, outil de référence. J’ai fait de la prospection pétrolière, de la pure géologie. »

Nous sommes dans les années 2000 et l’informatique est en plein essor. Kifaya est attirée par cette discipline nouvelle « Les entreprises recrutaient énormément de scientifiques car elles estimaient que ces derniers avaient une grande capacité d’adaptation. Elles cherchaient des gens qui voulaient changer de voie, c’était mon cas. La souplesse, la capacité d’adaptation caractérisent l’esprit scientifique. Je me suis retrouvée dans la finance par hasard, mais j'aurais pu faire de l'informatique associée à la santé ou à un autre domaine. C’est une question d’opportunité. »

Kifaya est donc recrutée par NEOXAM, un éditeur de logiciels utilisés par les sociétés financières : banques, assurances. Au début, elle apprend à coder, puis s’oriente vers l’analyse réglementaire. Aujourd’hui, dans la même entreprise, elle est responsable de la veille réglementaire, laquelle évolue en fonction de l’orientation des marchés. 

« Nous travaillons pour les investisseurs institutionnels et sociétés de gestion. On calcule la valeur d’un portefeuille, on gère les données financières et les risques. Je suis dans une équipe qu'on appelle "équipe produit" et qui décide de l'évolution de nos produits. Mon métier est transverse, puisque mes études réglementaires peuvent toucher plusieurs produits et plusieurs clients. L’IA va transformer la profession mais je pense que les métiers d’expertise ne sont pas en danger, car on ne peut pas faire confiance à 100% à l’IA. Quand on est en amont de toute disponibilité de données, l'IA ne peut pas suivre ».

En parallèle de son activité professionnelle, Kifaya a toujours consacré du temps à l’écriture, une passion qui l’accompagne depuis ses débuts : scénarios pour le cinéma, et aujourd’hui romans, dont trois édités.

Le fait d’être une femme ne l’a pas entravée durant ses études. « En Algérie, le seul risque en tant que femme et géologue, c'était de se retrouver seule dans des coins reculés avec une autre géologue, parce qu'on travaillait souvent en binôme, dans des endroits désertiques où l'on risquait de ne rencontrer que des militaires, qui faisaient leur service. On avait peur, mais je t'avoue qu'on n'a jamais eu de problème, les militaires croisés ont été toujours très courtois, vraiment… ».

En tant que salariée, même si ses revenus sont satisfaisants, elle constate des disparités de rémunération entre hommes et femmes pour un poste identique, disparité qui commence dès l’embauche. « Ensuite, la progression joue en faveur des hommes. Leurs salaires grimpent plus rapidement. C’est très injuste. Je sais qu’une loi est en préparation sur la transparence des salaires dans une entreprise, mais tout est encore très opaque. Des ingénieurs que j’ai moi-même cooptés gagnent aujourd’hui plus que moi, nous avions pourtant le même profil ». Les mentalités évoluent avec l’instauration des congés paternité par exemple, et les hommes sont demandeurs de cette nouvelle répartition des tâches « Par ailleurs, des règlements européens demandent de plus en plus aux entreprises de donner des informations extra-financières sur le respect de l'environnement. Elles sont obligées de donner des critères, des chiffres clés.  C'est ce qu'on appelle les critères ESG, E pour environnemental, S pour social et G pour gouvernance. Et dans ces critères-là, il y a notamment des chiffres indiquant la différence de salaires entre les hommes et les femmes dans les entreprises ».

Pourquoi les femmes ne briguent-elles pas de postes à responsabilité ? Peut-être ne se sentent-elles pas compétentes. Peut-être est-ce un problème d'éducation. Dès l’enfance, le système scolaire crée une différence « les garçons vers le calcul, les filles vers la poésie. Je le constate encore aujourd’hui au niveau des copains de mes enfants » 

 

Le rôle pivot des associations d'ingénieurs et ingénieures

Plusieurs associations cherchent à donner une certaine visibilité aux femmes ingénieures et à informer les filles au sein des établissements scolaires sur les opportunités qui s’offrent à elles dans les filières scientifiques, à commencer par :

Fondée en 2006, Elles bougent agit pour favoriser la mixité dans les secteurs scientifiques, technologiques et industriels en encourageant les jeunes filles à s’orienter vers les métiers d’ingénieure et de technicienne. Grâce à un réseau de bénévoles, professionnels et partenaires, elle organise des actions concrètes (interventions en classe, visites de sites, rencontres, événements) pour déconstruire les stéréotypes, inspirer et accompagner les filles dès le primaire.

Créée en 1982, elle est aujourd'hui forte de plus de 400 bénévoles, comptant près de 200 adhérents, ainsi que 25 personnes morales.

Ses missions sont multiples : promouvoir les métiers d’ingénieures et de scientifiques auprès des filles, valoriser les réussites et les initiatives des ingénieures, collaborer avec différents organismes pour impacter sur les changements souhaités, et agir auprès des institutionnels pour porter la voix des ingénieures. Cette association conçoit, analyse et édite un outil statistique de référence : l'Observatoire des Femmes Ingénieures, lequel s’appuie sur les résultats de la grande enquête annuelle menée par IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France), à laquelle Elles bougent contribue. L'association agit aussi au sein des établissements du second degré, car avec la réforme du bac, on constate que les filles qui, en terminale, doivent réduire leurs spécialités de 3 à 2 laissent tomber les maths/physique au profit de SVT ou géo/politique par exemple. Le système entraîne un rétrécissement du choix. Il faut donc agir auprès des institutionnels. Femmes Ingénieures s’y emploie en collaboration avec d'autres associations comme Femme & Sciences et Femmes et mathématiques.

Femmes Ingénieures utilise un outil statistique pour mesurer la place des femmes dans l'ingénierie, analyser les inégalités persistantes (salaires, responsabilités, secteurs) et orienter ses actions de promotion des métiers scientifiques. 

On note par exemple qu’à l’Université Paris-Saclay, des femmes, qui ont conservé la physique, mais abandonné les maths en terminale, rencontrent des difficultés qui nécessitent une remise à niveau, tout comme dans les écoles d’ingénieur post-bac. Il importe également de montrer que le diplôme d’ingénieur peut mener à de multiples carrières, comme en finance par exemple, dans le cas de Kifaya.

Les objectifs des jeunes filles au sortir de lycée et ceux des garçons diffèrent en partie. Les premières se demandent : « Est-ce que mon futur métier aura du sens ? » tandis que les seconds pensent d'abord progression de carrière et montant des salaires. De plus, les employeurs ont encore tendance à contacter d’abord les mères quand les enfants sont malades. « Si, plus souvent, c'est le père qui amène les enfants à l’école le matin, c’est la mère qui vient les chercher le soir… ».

 

Passer à une logique d'action structurelle

VALORISER les femmes ingénieures dans le monde du travail ne suffit pas, il faut le dire et le faire savoir…

À ce titre, Femmes Ingénieures participe chaque année au salon Vivatech et à d’autres…

En partenariat avec Orange, Femmes Ingénieures organise l’opération Shadowing, permettant à des lycéennes de suivre une femme ingénieure ou technicienne d’Orange pendant une journée pour découvrir les métiers scientifiques. L’association participe aussi activement aux Trophées & Club des Femmes de l'industrie, organisés par L'Usine Nouvelle. D’autres prix permettent de donner aux ingénieures une visibilité qui leur fait parfois défaut.

En novembre 2026, aura lieu une nouvelle session de l’opération Ingénieur.e ? C'pour moi !, journée de forum virtuel, pour toucher les différents territoires, notamment ruraux, en lien avec les délégations régionales de l’association.

ASSURER la place des femmes ingénieures dans les conseils d'administration

L’association travaille en collaboration avec les pouvoirs publics, le ministère de l’éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Elle est régulièrement auditionnée par le Sénat ou l’Assemblée nationale.

La loi dite Copé-Zimmermann de 2011 impose aux moyennes et grandes entreprises françaises un quota d'au moins 40 % de personnes de chaque sexe au sein de leur conseil d'administration ou de surveillance.

La loi Rixain en 2021 vise un quota de 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants et les instances de direction d'ici 2027, puis 40 % d'ici 2029 dans les grandes entreprises de plus de 1 000 salariés. On a vu plus haut les difficultés d’application actuelles de cette loi, faute parfois de candidates.

 

Sensibilisation précoce, engagement des entreprises, lois incitatives, exemplarité, le chemin est encore long. Il faut aussi que nos jeunes puissent disposer le plus tôt possible d'informations sur les secteurs industriels, les entreprises innovantes qui recrutent dans les bassins d'emploi, les chiffres clés et, plus généralement, disposer de repères en économie (NDLR : ce à quoi le GdRE s'emploie).